(BFM Bourse) - La griffe britannique a annoncé une franche accélération de ses ventes en Chine et aux États-Unis en fin d'année, récoltant les fruits de son retour aux sources avec des collections intemporelles. La société a aussi renoué avec les bénéfices sur son exercice clos fin mars 2026. Mais le marché boude la publication.
Le compartiment du luxe est lesté en Bourse par les inquiétudes liées aux répercussions directes et indirectes de la guerre contre l'Iran. L'indice paneuropéen Stoxx Europe Luxury 10 abandonne 16% depuis le début du conflit.
La guerre dans la région a évidemment supprimé une partie des ventes au Moyen-Orient, mais la baisse du trafic aérien a obéré les dépenses de la clientèle du Golfe en Europe, a fortiori en France. Rappelons qu'environ 30% des achats de produits de luxe sont réalisés à l'étranger.
Les entreprises du secteur du luxe annoncent donc leurs performances financières dans un contexte très particulier. Pour l'instant, les copies sont mitigées. LVMH a, au titre du premier trimestre, livré une activité inférieure aux attentes du marché dans la mode et maroquinerie, qui représente 72% des bénéfices, selon HSBC. Hermès a, de son côté, publié une croissance globalement décevante tandis que Kering a manqué le coche chez Gucci, de loin sa marque la plus importante.
Une nette amélioration des ventes en "Grande Chine" et "Amériques"
C'est au tour de Burberry, le maroquinier britannique d'annoncer jeudi 14 mai son activité pour sa fin d'exercice clos fin mars 2026. Cette période correspond au premier trimestre de l'année civile.
Sur la période, Burberry a enregistré une croissance de ses ventes de 5% en données comparables. Cette performance ressort conforme aux attentes du marché, qui attendait aussi une progression de 5% des ventes en données comparables, selon un consensus (la prévision moyenne des analystes) disponible sur le site internet de la griffe britannique.
Dans le détail, les ventes de Burberry ont reculé de 2% dans la région Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA) en raison de la baisse du tourisme dans la région et du conflit au Moyen-Orient.
Burberry a pu compter sur une franche amélioration de ses ventes en "Grande Chine" (Chine, Hong Kong, Macao, Taïwan) où elles ont progressé de 10% après une hausse de 6% au précédent trimestre, et dans la région "Amériques", avec des revenus aussi en hausse de 10% sur l'ensemble du trimestre, après une progression 3% sur les trois mois précédents.
La société a précisé que les ventes dans ces deux grandes régions avaient été portées par la clientèle locale.
Un "tournant décisif"
La société célèbre pour son trench-coat est actuellement dans une phase de redressement de ses ventes et de ses résultats. Burberry commence peu à peu à récolter les effets de son plan stratégique "Burberry Foward', sa feuille de route lancée en 2024 destinée à relancer la désirabilité de la marque.
"La nouvelle direction de Burberry ramène la marque à ses racines, en mettant à nouveau l'accent sur les vêtements d'extérieur et les écharpes. Cette stratégie ravive l'optimisme quant à la revitalisation à long terme de la marque", avait évoqué le bureau d'études indépendant AlphaValue.
Sur l’ensemble de l'année, les ventes annuelles ont progressé de 2% à données comparables et ressortent aussi conformes aux prévisions des analystes selon un consensus compilé par l'entreprise.
Le chiffre d'affaires a toutefois reculé de 2% en données publiées à 2,42 milliards de livres, ce qui est légèrement en dessous du consensus, qui tablait sur 2,43 milliards de livres selon les prévisions compilées par la société.
Plus bas dans les comptes, le redressement est bien visible à la faveur du programme de réductions de coûts mises en œuvre par son directeur général, Joshua Schulman. Le résultat opérationnel ajusté s'est établi à 160 millions de livres, contre un bénéfice de 26 millions de livres à fin mars 2025, tandis que Burberry affiche un résultat net positif à hauteur de 21 millions de livres, là où le groupe accusait encore une perte nette de 75 millions d'euros l'an passé.
Burberry a déclaré que cet exercice financier marquait un "tournant décisif".
"Les progrès sont obtenus grâce à des mesures menées sur de multiples fronts, notamment la capacité à attirer des clients de la génération Z (personnes nées entre 1996 et 2012) malgré une concurrence intense", "un signe encourageant que la marque reste pertinente pour une clientèle plus jeune", souligne Richard Hunter, analyste chez Interactive Investor cité par l'AFP.
Concernant ses perspectives, Burberry a déclaré être "conscient de l'environnement géopolitique et macroéconomique incertain et de son impact potentiel sur la confiance des consommateurs". La direction a ajouté qu'elle comptait réaliser de nouveaux progrès dans la réalisation de ses objectifs financiers en 2027.
Son dirigeant a aussi abordé la situation au Moyen-Orient, lors d'une conférence téléphonique expliquant que le Moyen-Orient représentait 2 % du chiffre d'affaires de Burberry. Cité par Bloomberg, Joshua Schulman a aussi précisé que l'entreprise restait "attentive" à l'évolution générale du contexte de consommation.
Le marché quant à lui, n'est pas pleinement convaincu que ce redressement des comptes va s'inscrire dans la durée. "La route est encore longue" et les investisseurs "ne sont pas encore pleinement convaincus d'un redressement durable", remarque Richard Hunter, sur la base d'une "réaction étonnamment morose à la publication des chiffres".
À la Bourse de Londres, l'action Burberry recule de 4,6% vers 11h30, ce jeudi 14 mai. La baisse de Burberry n'a pas l'air de secouer le compartiment du luxe à Paris. LVMH progresse de 1,1%, Hermès grimpe de 0,4% tandis que Kering, le plus proche comparable boursier de la griffe britannique contient son repli à 0,4%.
"Les progrès de Burberry ne se déroulent peut-être pas aussi rapidement que certains optimistes l’auraient espéré", a déclaré Chiara Battistini, analyste chez JPMorgan, dans une note citée par Bloomberg, ajoutant que les performances dans certaines régions restaient modérées.
La société a aussi décidé de ne pas verser un dividende à ses actionnaires au titre de cet exercice pourtant, marqué par un franc redressement de ses comptes.
Burberry a également annoncé le départ à la retraite de son président de son conseil d’administration Gerry Murphy, qui sera serait remplacé en novembre prochain, par William Jackson ancien directeur général du fonds britannique Bridgepoint.
